C'est en tout cas le message que donne, probablement malgré elle, la SUISA (Société suisse pour les droits des auteurs d’œuvres musicales) avec sa nouvelle taxe sur les baladeurs numériques introduite en Suisse le 1er septembre 2007. Finalement, pour un utilisateur qui n'écoute que de la musique "légale", c'est-à-dire de la musique gratuite ou pour laquelle il a déjà payé, que signifie cette taxe ? A mon avis, c'est une des questions principales que soulève la nouvelle redevance. Question à laquelle je n'ai toujours pas trouvé de réponse. Satisfaisante, du moins.

Le problème de ce genre de taxes, à la base, c'est qu'elles sont généralement forfaitaires. Pour la redevance radio et télévision, par exemple, peu importe que l'on regarde la télévision moins d'une heure par mois ou plus d'une heure par jour. Le prix est le même. Soit. Je peux comprendre ce genre de simplifications pratiques.

Je peux également comprendre que l'on fasse une supposition simplificatrice quant à l'utilisation présumée d'un support, à partir du moment où cela reste raisonnable. Par exemple, la taxe sur les cassettes vidéo (VHS) était, à l'époque, relativement acceptable. La redevance pour la télévision donnait droit à la visualisation, unique, d'un programme. La taxe payée à l'achat d'une cassette VHS donnait droit à la visualisation, répétée, cette fois, d'un programme. Ça se tenait plus ou moins. Si l'on ignore la problématique des chaînes de télévision étrangères et le fait qu'une cassette VHS pouvait également servir à l'enregistrement de vidéos personnelles.

Là où tout commence à se gâter sérieusement, c'est lorsque l'on cherche à appliquer de tels modèles dépassés à des supports aussi versatiles que les mémoires flash, disques durs et autres supports numériques. Bien entendu, mon "baladeur numérique" sert d'abord à écouter de la musique, mais il sert également à stocker mes photos, lorsque je suis en voyage, pour décharger la carte mémoire de mon appareil photo. Il me sert également comme disque dur portable, pour mes données personnelles. La limite entre "baladeur numérique" et ordinateur devient bien fine... Du coup, ça n'est plus du tout raisonnable : on ne parle plus de taxes de quelques dizaines de centimes, mais bien de taxes de plusieurs dizaines, voire centaines (très bientôt), de francs suisses. Pour l'utilisation supposée et de moins en moins vérifiée d'un support.

Reste la question initiale : pourquoi devrais-je payer pour écouter de la musique que j'ai déjà achetée ? Payer une taxe qui, soit dit en passant, n'ira vraisemblablement pas du tout dans la poche des musiciens que j'écoute. Lorsque je copie l'un de mes CD sur le disque dur de mon ordinateur, je ne paie pourtant rien. Quelle est la solution à ce paradoxe ? Introduire une taxe sur les disques durs d'ordinateur ? Ça n'est évidemment pas la solution que je propose, mais j'en connais qui y songent probablement depuis longtemps...

En fin de compte, j'ai peine à croire qu'en 2007, des gens comprennent encore aussi mal la problématique de la "musique numérique". À force de mesures contre-productives (protections contre la copie, prix élevés, taxes, poursuites judiciaires, etc.), on dirait que les maisons de disques et les sociétés censées assurer le droit des auteurs font tout pour assurer leur disparition à long terme.