Récemment, je suis allé voir une projection de Metropolis, de Fritz Lang, au Bourg, à Lausanne. Il s'agissait de la version restaurée de 2010. La bande-son, de la musique électronique, était assurée par Bit-Tuner, un musicien suisse allemand. C'était une expérience... disons... déroutante !

Le premier point marquant, pour moi, était le lieu : le Bourg. Initialement, une des nombreuses salles de cinéma "disparues" de Lausanne (avec l'Athénée, l'ABC, l'Eldorado, le Palace et bien d'autres, que je fréquentais lorsque j'étais étudiant), le Bourg est devenu en 2005 une salle de spectacle (concerts, théâtre, etc.). La projection de l'un des films muets les plus connus dans cet endroit était donc un clin d'oeil bienvenu.

Le second point marquant était la présence de ces vingt-cinq minutes retrouvées en 2008 à Buenos Aires, que l'on pensait perdues à tout jamais. Ces séquences "inédites" proviennent d'une copie de très mauvaise qualité du film. Leur présence, parmi des séquences de meilleure qualité, donne au film un côté mystérieux. Les scènes encore manquantes, décrites par des intertitres, parachèvent ce sentiment de film qui revient de loin. Face à une oeuvre aussi ambitieuse, mais incomplète, je ne peux m'empêcher de penser au Château de Kafka (dans un autre style, puisque ce roman n'a jamais été achevé - mais l'oeuvre de Kafka revient également de loin, ayant survécu contre sa volonté, grâce à son ami Max Brod).


Enfin, c'était la première fois que je regardais un film muet, en tout cas aussi long (je n'arrive pas à me souvenir avec certitude si j'ai déjà vu Les Temps Modernes ou Les Lumières de la ville dans leur intégralité). C'est d'ailleurs le principal intérêt d'aller encore au cinéma, pour moi : la garantie d'être moins dérangé ou, du moins, d'être moins tenté d'interrompre la visualisation d'un film pour faire autre chose. Et, de la concentration, il en faut, pour regarder un film muet de 145 minutes ! En même temps, l'imagination est mise à contribution et il est difficile de décoller les yeux de l'écran.

Pas de bande-son originale pour Metropolis, donc, mais une bande-son live, jouée par Bit-Tuner. Une musique définitivement d'une autre époque que le film lui-même, mais en même temps très adaptée au côté science-fiction de l'oeuvre. Une superposition temporelle de plus, qui rend l'expérience unique, au sens propre, comme au sens figuré.

Un film sans couleurs et sans son, mais encore capable, 85 ans plus tard, de nous captiver et de nous emmener dans son univers trouble et futuriste. A méditer...