Il y a quelques jours, j'apprends à un ancien collègue que je n'avais pas revu depuis plusieurs années que j'ai commencé à méditer. Il me demande si ça marche. J'hésite à lui parler de corrélation, de lien de cause à effet, du fait qu'il est presque vain de tenter de déterminer si quelque chose "marche" sur soi ou non, mais je résiste à la tentation. Je lui explique que je n'en ai pas la moindre idée, que c'est plus une expérience, une phase, motivée par des résultats d'études scientifiques assez encourageants. Il me propose de noter chaque jour mon humeur (de lui associer un score) et d'en tirer des conclusions (comme le fait Buster Benson). Je trouve cela compliqué. Il faudrait que je me force à vivre des périodes sans méditation, que je garde une trace de nombreuses autres variables pouvant influencer ce que je cherche à mesurer. Et à la fin, cela ne serait pas très concluant, à cause de l'effet placebo, des biais cognitifs et de toutes ces perturbations que les études scientifiques s'efforcent de minimiser.

Cela fait donc bientôt neuf mois que je médite. Plus de 17 heures de méditation réparties sur plus de 60 sessions. Et je ne sais toujours pas si "ça marche". Ce constat pourrait être considéré comme fortement démotivant par certains.

Il y a pire : non seulement j'ignore tout de l'efficacité réelle de ma pratique méditative, mais je dégage du temps, régulièrement, pour m'y adonner. Autrement dit, je prends du temps dans ma journée pour ne rien faire. C'est absolument contre-intuitif. Surtout pour moi, qui m'intéresse à la culture du life hacking et qui utilise Getting Things Done (GTD), ainsi que d'autres méthodes similaires, depuis bientôt une dizaine d'années. J'aurais naturellement plutôt tendance à essayer de faire le plus de choses possible durant le peu de temps libre que j'ai à disposition (on peut discuter du sens du mot "faire", justement, mais c'est une autre problématique).

Un autre problème est qu'il est difficile d'avoir le sentiment de progresser. J'ai vécu récemment quelques sessions de méditation pénibles, où je me sentais physiquement mal à l'aise en restant immobile (tensions musculaires, sentiment d'oppression, etc.). Il m'arrive souvent d'avoir plus de peine à me concentrer sur ma respiration, mais ces sessions difficiles dont je parle ont sans doute été les "pires" de toutes. Et ce sont les plus récentes. Alors, bien entendu, comme le conseille Andy Puddicombe, de Headspace (la méthode de méditation guidée que j'utilise), il ne faut pas se focaliser sur les résultats "évidents", mais plutôt être curieux en permanence, comme un observateur externe, et c'est une approche qui, bien qu'à nouveau contre-intuitive, me plaît et m'intrigue.

Enfin, je n'arrive pas encore à bien appliquer ce que j'apprends de la méditation dans la vie courante. Andy suggère de devenir de plus en plus conscients de nos mouvements, de nos changements de positions, tout au long de la journée. Etonnamment, cet exercice est particulièrement difficile. Ce que j'arrive mieux à faire, par contre, c'est devenir plus conscient de l'instant présent lorsque je marche pour aller au travail le matin et en revenir le soir (environ 15-20 minutes par jour, mais c'est déjà un début). Ces instants me font dire que le concept de pleine conscience n'est peut-être pas si théorique que cela et est accessible, avec suffisamment d'entraînement. D'un autre côté, lors de mes dernières randonnées solitaires en montagne, j'ai essayé d'appliquer les mêmes principes et ai lamentablement échoué. Je crois qu'il doit y avoir peu de moments dans ma vie où je pense autant que lors de ce genre d'exercices physiques... L'élévation du rythme cardio-vasculaire et l'augmentation de la quantité d'oxygène circulant dans le cerveau sont peut-être des explications de ce phénomène.

Bref, méditer est difficile. Je ne sais pas si plusieurs années de pratique supplémentaires y changeront quelque chose, mais l'intérêt est là : il y a définitivement quelque chose qui me pousse à y revenir régulièrement. Une sorte de curiosité. Une volonté de mieux me connaître.