Une collègue m'a envoyé cette semaine un lien sur la présentation TED de Andras Forgacs, "Leather and meat without killing animals" (neuf minutes, recommandé !) :

"By 2050, it will take 100 billion land animals to provide the world's population with meat, dairy, eggs and leather goods. Maintaining this herd will take a huge, potentially unsustainable toll on the planet. What if there were a different way? In this eye-opening talk, tissue engineering advocate Andras Forgacs argues that biofabricating meat and leather is a civilized way to move past killing animals for hamburgers and handbags."

Il y a quelques jours, j'ai également découvert Insolente Veggie, "le blog BD d'une végétalienne extrémiste, obsédée et très très méchante", et je suis tombé en particulier sur la BD "Pour l’abolition de l’esclavage, pour l’abolition du véganisme" (à voir également, c'est très court).

Cela fait seize ans que je suis végétarien, mais cette vidéo et cette BD m'ont fait réaliser clairement quelque chose que je pense avoir toujours su, d'une façon ou d'une autre : comme le dit Insolente Veggie, "la stratégie de la conversion, ça [ne] marche pas". Je n'ai jamais réussi à convertir qui que ce soit au végétarisme et j'ai l'impression très nette que la plupart des gens se fichent absolument du fait que l'on massacre 60 milliards d'animaux par an pour notre bon plaisir.

Pour être exact, les gens ne s'en fichent pas totalement, il est vrai, mais au mieux, cela les affecte de la même manière que les guerres et la famine nous affectent tous : nous trouvons cela triste, mais nous avons l'impression que nous n'y pouvons rien ou pas grand-chose. Le fait que nous arrivions à continuer à vivre en sachant que des millions de personnes souffrent en ce moment même dans le monde est un mécanisme plutôt sain, sans lequel nous deviendrions fous. La différence, dans le cas de la viande, est que nous y pouvons quelque chose. Très facilement. Mais passons.

Au pire, les gens ne réalisent pas que l'on parle de milliards d'êtres conscients, dotés d'un système nerveux et, donc, capables de souffrir. L'industrie opaque de la viande est à mettre en cause. Une certaine hypocrisie, aussi. Il me semble que les enfants ont plus souvent l'occasion de visiter des chocolateries que des abattoirs. Et ça n'est pas uniquement parce qu'ils préfèrent le chocolat à la viande... A ce sujet, je me suis toujours demandé combien de gens, enfants ou pas, continueraient à manger de la viande s'ils devaient assister à toutes les étapes de la production de celle-ci. Encore une bonne partie, sans doute, mais nettement moins qu'aujourd'hui, je suis prêt à le parier.

Le fait qu'il soit moralement injustifiable d'encourager l'exploitation animale en continuant à consommer de la viande ne suffit donc pas. Le militantisme, façon Insolente Veggie, ne marchera pas non plus et je le regrette. Il est à mon avis nécessaire, mais, comme tous les militantismes, il ne participe à changer que lentement les mentalités et ne fait de loin pas mouche chez tout le monde. La viande, malheureusement, c'est bon (paraît-il, je ne me souviens plus vraiment...). C'est pourquoi il me semble raisonnable de laisser tomber les débats philosophiques, qui touchent peu les gens, et d'utiliser des approches plus terre-à-terre.

Il y a l'argument écologique, qui a l'air de marcher assez bien, mais il y a surtout la voie "hyper-pragmatique" du cuir artificiel et de la viande artificielle, telle que présentée par Andras Forgacs. La NASA s'y est intéressée. Sergey Brin, fondateur de Google, également. C'est une voie absolument excitante. Je suis de plus en plus convaincu que c'est ce qui va enfin nous permettre d'éviter la souffrance animale à grande échelle telle qu'elle existe aujourd'hui.

Alors, oui, cela pourrait être vu comme une défaite morale, d'un certain point de vue, car les êtres humains ne développeront pas leur empathie au point de changer leurs habitudes carnivores, comme j'ai pu souhaiter qu'ils le fassent à un certain moment, mais c'est un compromis. D'un point de vue économique et écologique, ce sera définitivement un progrès. D'un point de vue moral, au final, cela le sera aussi, car, tout ce qui compte, c'est de supprimer les souffrances inutiles, quels qu'en soient les moyens.