J'ai régulièrement l'occasion de rencontrer des gens défendant une position pseudo-scientifique ou l'autre. La plupart du temps, il s'agit d'homéopathie ou de médecine alternative, mais il m'arrive plus rarement de tomber sur quelqu'un donnant un certain crédit à l'astrologie, voire au dessein intelligent.

Il y a trois ans, je suis tombé pour la première et unique fois sur une personne prétendant être électro-hypersensible, c'est-à-dire souffrant de symptômes supposément causés par certains champs ou certaines ondes électromagnétiques, y compris de faible intensité (voir également l'article en anglais sur Wikipedia). C'était un sujet que je ne connaissais pas, mais ma position par défaut a été (peut-être un peu trop vite) celle du scepticisme, à savoir :

Je reconnais toutefois que les ondes électromagnétiques, contrairement à une solution homéopathique, par exemple, peuvent avoir des effets bien réels et donc être dangereuses :

Tout dépend donc de la puissance dont on parle et de la durée d'exposition.

Mais que disent les études et, surtout, les méta-analyses (si elles existent) ? Car, finalement, il suffirait d'un cas, un seul, d'hyper-sensibilité, bien documenté, pour régler la question une bonne fois pour toute.

Durant mes recherches, je suis rapidement tombé sur une méta-analyse connue et souvent citée, datant de 2005 : "Electromagnetic Hypersensitivity: A Systematic Review of Provocation Studies". Cette méta-analyse couvre 725 participants électro-hypersensibles et conclut :

"The symptoms described by “electromagnetic hypersensitivity” sufferers can be severe and are sometimes disabling. However, it has proved difficult to show under blind conditions that exposure to EMF can trigger these symptoms. This suggests that “electromagnetic hypersensitivity” is unrelated to the presence of EMF, although more research into this phenomenon is required."
Autrement dit, nous avons bien affaire à un effet nocebo, jusqu'à preuve du contraire.

Je suis également rapidement tombé sur le site francophone traitant de l'électro-hypersensibilité : robindestoits.org. Il s'agit d'un site un peu confus, présentant énormément d'informations et de liens, en particulier sur des études démontrant soi-disant les effets néfastes des ondes électromagnétiques de faible intensité. La forme est dérangeante : plutôt qu'un message résumé, clair, c'est un véritable "mur de texte" que le site propose à ses visiteurs.

Mais la forme n'est pas tout. J'ai tout de même retenu un élément intéressant de ce site, à l'époque, c'est la preuve scientifique de l'électro-hypersensibilité : "Electromagnetic hypersensitivity: evidence for a novel neurological syndrome". Il s'agit d'un papier scientifique de 2011, portant sur une personne prétendument électro-hypersensible. La méthode semblant sérieuse (double aveugle), j'ai fini par lire ce papier en entier. La conclusion est troublante :
"EMF hypersensitivity can occur as a bona fide environmentally inducible neurological syndrome."
Serait-on donc en présence de l'exemple unique, mais suffisant, tant recherché ?

Malheureusement, non : les conclusions de ce papier sont incorrectes. Analysés correctement, il se trouve que les résultats de cette étude ne sont pas statistiquement significatifs. Retour à la case départ et à l'hypothèse nulle : l'effet nocebo.


Malgré tout cela, en 2012, ma patience intacte, j'avais encore pris le temps d'écouter une enquête de la RTS datant de 2009 : "Ondes : vous êtes cernés !" (épisode 1 / épisode 2). Deux éléments m'avaient marqué : l'intervention d'un ingénieur de l'EPFZ (Peter Schlegel), ainsi que celle d'un professeur de l'EPFL (Juan Mosig).

Le premier semblait néanmoins peu critique, ne remettant pas en question l'interprétation de ses "clients" (certains électro-hypersensibles), pour lesquels il effectue des bilans à domicile avec des instruments de mesure.

Le second, quant à lui, mentionnait un test mené à l'EPFL sur un sujet, test montrant apparemment qu'un être humain peut détecter un champ électromagnétique, même de faible intensité. Je n'avais alors trouvé aucune publication concernant ce test, ni aucune précision concernant le protocole ou les éventuels symptômes. Lassé par ma recherche, j'en étais resté là...

En 2015, je me suis penché à nouveau sur la question, suite à la diffusion d'une série de cinq épisodes sur le sujet réalisés par l'émission Vacarme de la RTS : "Faut-il craindre les ondes électromagnétiques ?"

A nouveau, je suis assez déçu par la qualité de cette enquête. Au début de celle-ci, il est question d'une ligne à haute tension à Grône, en Valais, et du combat de certains habitants pour faire enterrer cette ligne (pas encore construite, à ma connaissance). On entend l'intervention d'une doctoresse, expliquant les dangers pour la santé d'une telle ligne. Mais, très rapidement, cette doctoresse se discrédite complètement en mentionnant qu'elle s'est spécialisée dans l'homéopathie. Ca ne vole pas haut...

Je peux néanmoins avoir de la sympathie pour ces habitants et me joindrais volontiers à leur combat. Les lignes à haute tension, c'est très moche et, lorsqu'on s'en approche, ça fait du bruit.

Plus tard, l'enquête s'intéresse à des adolescents dans une école qui s'est récemment débarrassée de tous ses réseaux wi-fi, mais les interviews sont pénibles à écouter. Ces jeunes font à peine la différence entre internet, la 3G et le wi-fi. A nouveau : rien de sérieux.

Enfin, et c'est plus intéressant, il est à nouveau question de Juan Mosig, le professeur de l'EPFL qui était déjà intervenu dans l'émission de 2009. Ce dernier rappelle ce fameux test qui a été réalisé à l'EPFL, supposé mettre en évidence l'existence d'une sensibilité aux champs électromagnétiques de faible intensité.

Cette fois-ci, j'ai voulu en avoir le coeur net et l'ai contacté pour avoir plus de précisions concernant ce test mystérieux. Je reproduis ici sa réponse sans la modifier :

"Je n'ai que des vagues souvenirs de cette expérience, qui avait été faite il y a bien longtemps dans notre laboratoire par un collègue maintenant retraité. Mais elle était tout à fait informelle (pas de double aveugle ou de contrôle scientifique significatif), elle n'était pas statistiquement significative (une seule personne, un essai pas répété) et elle n'a pas été documentée."
Je répète : "informelle", "pas de double aveugle", "pas de contrôle scientifique", "pas statistiquement significative", "pas documentée". Décidément, je ne sais pas pourquoi M. Mosig pense qu'il est nécessaire de revenir sans cesse sur ce "test" quand on l'interroge sur le sujet... Bref, retour, une fois encore, à l'hypothèse de l'effet nocebo.

En conclusion :