Je n'ai jamais vraiment vécu de deuil. Oui, j'ai perdu des oncles et tantes. J'ai perdu mes grands-parents. J'ai pleuré pour eux. Et je me sens toujours triste quand je pense à eux. Mais je n'ai jamais perdu mes enfants ou ma femme.

J'ai de la chance. J'en suis conscient. C'est un cliché, mais je suis un homme, blanc, vivant dans un pays riche. Régulièrement, des gens perdent toute leur famille, du jour au lendemain.

Alors, forcément, je me sens un peu coupable d'être toujours dans cette sorte de mélancolie permanente huit jours après la mort de mon musicien préféré. J'ai raconté à plusieurs personnes, proches, que j'avais pleuré le soir où j'ai appris la nouvelle de son décès. J'ai à chaque fois eu droit à une réaction de surprise. Et je le comprends : c'est indécent, dans un monde tel que le nôtre, de pleurer pour quelqu'un qu'on ne connaît pas personnellement et avec qui on n'a jamais parlé.

Il paraît que le deuil ne concerne jamais le défunt, mais notre propre personne, la manière dont nous vivons la perte d'un être cher. Alors j'imagine que cette situation ne fait que révéler la sursensibilité dont je n'ai jamais réussi à me débarrasser. Plus positivement, c'est aussi l'occasion de prendre un peu plus conscience de la chance que j'ai et de relativiser mes problèmes quotidiens. Les anglophones parlent de first world problems. J'aime bien cette expression.

Mise à jour (2 mai 2016).  Un article (en anglais) sur ce thème : "For many fans, the impact was akin to the loss of a family member. Through his music they were able to feel that he got them, even if they had never met."