J'aime bien me laisser inspirer par Buster Benson. Ma vision du monde dérive partiellement de son codex. Comme lui, j'aime bien faire des revues annuelles. Il a un côté geek assumé qui me plaît beaucoup. C'est donc avec un intérêt marqué que j'ai lu au début de cette année son article "Better than meditation", dans lequel il décrit les difficultés qu'il a rencontrées en tentant de faire de la méditation une pratique régulière. Il y explique aussi qu'il a finalement trouvé dans l'écriture spontanée une alternative sérieuse à la méditation, qui marche bien mieux pour lui.

Je me suis donc inscrit sur un site que Buster a lancé, 750 Words, et ai joué le jeu durant toute la période d'essai. Durant un mois, en avril 2016, j'ai écrit 750 mots par jour, tous les jours ou presque (29 jours sur 31, pour être exact). L'idée de l'écriture spontanée est de se forcer à écrire, sans arrêt, durant une durée ou un nombre de mots donnés. En l'occurrence, il s'agit d'atteindre 750 mots à chaque session d'écriture. On peut écrire sur tout ce qui nous passe par la tête. En cas de panne, il est possible d'écrire n'importe quoi, sans forcément respecter les règles grammaticales. Le but est de continuer à écrire, coûte que coûte. En réfléchissant le moins possible. Pas de plan. Pas de correction. Le texte doit être écrit du début à la fin, sans retour en arrière. 750 mots correspondent environ à trois pages. Pour ma part, je parviens à écrire cette quantité de mots en un peu plus d'un quart d'heure.

Le site 750 Words est bien réalisé. L'interface est épurée. L'éditeur de texte, la fonctionnalité principale du site, est simple. Un compteur affiche en permanence le nombre de mots écrits. Le texte est sauvegardé automatiquement, à intervalles réguliers. Aucun bug ne vient interrompre le processus d'écriture, sur lequel on peut se concentrer complètement. A la fin de chaque session, il est possible de visualiser des statistiques, sur la dernière session, mais également sur l'ensemble des sessions d'écriture. Les textes écrits restent privés, bien entendu. Il est possible de les exporter facilement.

C'est d'ailleurs ce que j'ai fait dès mai 2016. Passé la fin du mois d'essai sur 750 Words, il aurait fallu que je paie pour continuer à utiliser le site. J'ai trouvé le prix demandé (5 dollars par mois, soit 60 dollars par an) beaucoup trop élevé par rapport aux fonctionnalités proposées. J'aurais été prêt à payer 12 dollars par année, à la rigueur (et encore...). A 60 dollars par an, 750 Words se trouve juste en dessous du prix de Headspace, par exemple, qui propose pourtant beaucoup plus de contenu et de fonctionnalités.

Je me suis donc mis à utiliser le premier éditeur en ligne gratuit proposant un compteur de mots que j'ai trouvé : Dillinger. A la base, il s'agit d'un éditeur Markdown, mais il est possible de l'utiliser comme éditeur de texte pur (i.e. sans mise en page). Pour mesurer le temps, je tape juste "timer" dans Google (mode chronomètre). Enfin, je copie-colle le résultat dans un document Google Docs. C'est à peine plus compliqué que 750 Words. Evidemment, je n'ai pas de statistiques concernant mes sessions d'écriture, mais l'essentiel est là : l'écriture spontanée.

Depuis le mois de mai, j'ai également diminué la fréquence de mes sessions d'écriture, passant à une ou deux sessions par semaine, puis finalement à une session seulement par semaine. Comme je médite déjà chaque jour et que je tiens également à jour un journal personnel, il me paraissait trop contraignant de continuer à maintenir une session d'écriture spontanée par jour. Pour référence, mon journal personnel pour 2015 contient 155'851 mots, ce qui correspond déjà à 427 mots par jours.

Quelles sont mes conclusions concernant l'écriture spontanée ? Tout d'abord, je vois bien le lien avec le méditation. Dans un cas comme dans l'autre, il peut s'agir d'un moyen de "canaliser" nos "voix dans nos têtes". De les observer. De les accepter. Il s'agit aussi d'être le plus possible dans le moment présent. Dans la pratique, il me semble toutefois que l'écriture spontanée s'apparente beaucoup plus à un journal personnel, à un blog, qu'à une tentative de découvrir la véritable nature de notre esprit.

Il me semble que la méditation est également plus exigeante. L'écriture spontanée consiste à maintenir son attention, à être dans le moment présent, en continuant à faire quelque chose d'actif (i.e. écrire). La méditation, elle, consiste également à maintenir son attention, à être dans le moment présent, mais en "ne faisant rien". Ou, tout du moins, en se concentrant sur quelque chose qui est déjà là, comme la respiration.

J'ai toutefois retrouvé un plaisir certain à écrire de manière plus spontanée, comme je le faisais lorsque j'étais adolescent. Mon journal personnel est aujourd'hui devenu quelque chose de plus contraint. Je raconte ma journée, le plus souvent chronologiquement. J'y inclus quelques commentaires, plus libres. Je ne rédige pas de phrases. J'essaie d'être le plus concis possible. Il correspond presque à ce qu'on pourrait appeler en informatique un journal des évènements (event log, en anglais)

Pour moi, ces deux activités (écriture spontanée et méditation) sont donc complémentaires. J'ai retrouvé quelque chose qui m'avait manqué, l'écriture spontanée, qui vient désormais compléter mon journal personnel, plus concis, moins créatif. La méditation, quant à elle, est un exercice moins mécanique, peut-être, plus intellectuel, et qui s'intègre plus à ma vie de tous les jours (exercices réguliers tout au long de la journée).