Je suis récemment tombé sur un article intitulé "Do-Gooder Derogation: Disparaging Morally Motivated Minorities to Defuse Anticipated Reproach", datant de 2011. Je ne sais pas s'il s'agit d'un article de qualité. Je n'ai pas l'habitude de lire ce genre de publications, en particulier dans le domaine de la psychologie.

En voici néanmoins quelques extraits :

En résumé et si je simplifie à l'extrême, les végétariens sont mal perçus par les non-végétariens, car ils sont considérés comme moralisateurs (dans le sens péjoratif du terme), même s'ils ne le sont pas vraiment. Il suffit pour un non-végétarien de penser au "jugement potentiel" qu'un végétarien pourrait porter sur lui pour que le non-végétarien développe automatiquement un préjugé négatif par rapport au végétarien. Si je résume encore plus : on n'aime pas être critiqué et encore moins lorsqu'il s'agit, explicitement ou non, de ses valeurs morales.

Ces derniers mois, j'ai vécu quelques évènements qui m'ont personnellement rappelé qu'effectivement, il n'est pas tous les jours facile d'être végétarien. Il y a eu une "attaque" désagréable à mon encontre sur Facebook, après deux ans d'absence sur ce réseau social. Un ancien collègue vegan m'a à cette occasion avoué avoir voulu quitter Facebook à cause de réactions similaires. Il y a aussi eu la déception causée par un discours - que je qualifierais de facile, voire intellectuellement paresseux - de la part de Sam Harris, que je tends pourtant à admirer, en temps normal.

Cet article me rassure donc un tout petit peu : non, il ne s'agit pas de paranoïa ; il y a réellement, globalement, un sentiment négatif à l'égard des végétariens. Ce sentiment est parfois "mérité", si tant est qu'il puisse vraiment l'être, mais il est souvent lié à un préjugé, au sens premier du terme.

Je ne veux pas tomber dans le piège de la victimisation. Question discrimination, il y a bien plus à plaindre que les végétariens, les végétaliens ou les végans. Il y a toutefois une remise en question, peut-être, à entamer.

Au risque de rendre cet article plus confus qu'il aurait besoin de l'être, je ne peux m'empêcher de faire un parallèle avec une lecture récente : Everybody Is Wrong About God, de James A. Lindsay. Dans ce livre, Lindsay défend la position que les non-croyants ne devraient désormais plus se positionner, s'organiser ou se définir en tant qu'athées, mais raisonner comme si nous vivions déjà dans une société post-théistique, car le débat philosophique concernant l'existence ou non de Dieu est réglé depuis longtemps. La question, désormais, est de savoir comment dialoguer avec les croyants de la manière la plus productive possible (par exemple avec des approches telles que la Street Epistemology de Peter Boghossian ou le Outsider Test for Faith de John W. Loftus), comment développer la laïcité, la science, etc. Bref, comment aborder la problématique d'une manière plus constructive, moins dans l'opposition.

Si j'essaie de faire un parallèle avec le végétarisme/véganisme, il s'agit alors de reconnaître que le débat moral est clos : je ne connais personne capable de défendre sérieusement la position qu'il est moral de faire souffrir inutilement des animaux. Aussi, et cela me coûte de l'admettre, mais il est peut-être déjà temps de laisser tomber des termes tels que "végétarien" ou "végan", parce qu'ils sont connotés, il est vrai, mais aussi parce qu'il faut aussi systématiquement les expliquer, les préciser. "Je ne mange ni viande ni poisson" ou "je ne consomme pas de produits animaux", c'est finalement plus clair et cela nous rappelle que ça n'est pas l'identité de végétarien/végan qui est importante, mais la démarche éthique.

Une présentation que j'ai découverte très récemment, destinée aux végans, très bien argumentée, va d'ailleurs en partie dans le sens de ce que je viens d'évoquer.

J'ajouterai encore que j'ai également eu des réactions négatives, ces derniers temps, en parlant de manière (peut-être naïvement) excitée à propos du travail de Will MacAskill, de l'altruisme efficace, de GiveWell, etc. Il semblerait que, dès que l'on parle de sujets éthiques, les gens deviennent particulièrement défensifs, même s'il est question de démarches positives.

Que faire, donc ?

Une note positive, tout de même, dans l'article que j'ai cité au début, est que les végétariens ont beau être mal perçus, leur message est susceptible de passer malgré tout (l'article mentionne le concept de conversion privée).

Je ne pense pas qu'il soit souhaitable de laisser tomber la discussion. J'ai toujours l'intention de parler de ma démarche, mais je vais essayer de le faire le plus diplomatiquement possible, en gardant à l'esprit que les gens en face de moi se sentent forcément jugés, indirectement, et aussi qu'au bout du compte, je passerai toujours pour quelqu'un de plus ou moins moralisateur. Ça fait partie de la dynamique de ce genre de discussions. Il faut l'accepter et aller de l'avant.

C'est quelque chose que j'ai aussi appris en écoutant Will MacAskill : il est possible de changer les choses simplement en donnant son argent, par exemple via des campagnes de financement participatif (crowdfunding). Je l'ai fait encore récemment pour Memphis Meats, une société dont le but est de commercialiser de la viande artificielle, produite à partir de cellules animales.

En attendant, je ne peux que me réjouir du fait que le nombre de végétariens, végétaliens et végans augmente sans cesse et que l'offre destinée à ce segment de la population, même dans les supermarchés, devient de plus en plus variée. Contrairement à ce que certains prétendent, on n'a pas affaire à un phénomène de mode, mais à une véritable tendance, probablement définitive. Une fois la masse critique atteinte, la situation devrait alors devenir moins conflictuelle.