Lorsque j'ai commencé à rédiger ma bucket list (c'est-à-dire ma liste de choses à faire avant de mourir), l'année passée, j'ai assez naturellement ajouté une entrée "Faire une retraite méditative". Cela fait longtemps que j'y songe. En tout cas depuis que j'ai commencé à méditer en 2013.

Cette année, l'occasion s'est présentée. Ça a commencé presque sur un coup de tête. J'ai vu, un peu par hasard, qu'un cours de dix jours tombait précisément sur une période qui m'arrangeait. Problème : le cours était complet ; mais il était possible de s'inscrire sur une "longue liste d'attente", ce que j'ai fait. Je pense que c'est précisément le fait de voir qu'il y avait une telle liste d'attente qui m'a motivé à m'inscrire. Pour moi, c'était presque une inscription symbolique, qui n'allait jamais déboucher sur quoi que ce soit de concret. Une sorte de premier pas timide.

Puis j'ai commencé à en parler autour de moi, en particulier au travail, pour anticiper une éventuelle absence de ma part. Il y a deux semaines, lorsque j'ai appris qu'une place s'était libérée et que j'étais finalement inscrit au cours, un de mes premiers réflexes a été d'en parler avec mon responsable au travail, de faire un point complet sur mes tâches et de valider le fait que je pouvais (ou non) m'absenter. Nous sommes une petite équipe. Nous avons récemment accueilli deux nouveaux stagiaires. Il s'agissait pour moi d'être très clair sur mes priorités professionnelles. Rapidement, mon responsable a validé le fait que mon absence n'allait pas être problématique. Ces derniers jours, je me suis donc concentré de manière très stricte sur mes tâches les plus prioritaires. En temps normal, j'essaie plutôt d'atteindre un équilibre entre les tâches prioritaires et celles qui le sont moins mais "qui font du bien" (les bugs peu importants qui traînent depuis des mois ou des années, par exemple). Pas ces derniers jours. Mon départ m'a donné une vision très claire de ce que je devais faire.

Je vais donc bientôt passer dix jours complets (plus une demi-journée d'accueil et une demi-journée de "retour à la normale") dans un centre Vipassana. Je suis un peu excité et en même temps inquiet. Des centaines de milliers de personnes sont déjà passées par là, mais je sais que ces cours de dix jours sont difficiles, que certaines personnes abandonnent en cours de route.

Je dirais que mes inquiétudes principales sont :

  1. Le lever à 4h tous les matins. Je ne suis pas très matinal. Si je me lève à 6h30, pour moi, c'est tôt. Il m'arrive régulièrement de me lever à 7h ou 7h30. Mes journées de travail s'étalent en général plutôt de 9h à 18h. Durant le cours, l'heure du coucher sera 21h30. Si je calcule bien, cela fait six heures et demie de sommeil au maximum, alors que je suis un gros dormeur : j'apprécie pouvoir dormir neuf heures et il m'en faut huit au minimum par nuit pour être raisonnablement en forme la journée.
  2. Je suis habitué à des sessions de méditation de quinze ou vingt minutes, assis confortablement sur une chaise (ou sur le bord du lit). Durant le cours, il y aura une dizaine d'heures de méditation par jour et, si je comprends bien, la position officielle est la position assise, mais par terre, sur un coussin. Je n'ai jamais vraiment essayé de méditer ainsi, mais je suis prêt à parier que c'est une position inconfortable. Dix heures par jour. Durant dix jours. Donc une centaine d'heures. Ça fait beaucoup.
  3. Les chambres sont communes (si j'ai bien compris). Deux ou quatre personnes par chambre. Je n'espère pas plus. Je suis une personne qui apprécie un certain confort. Disons que je suis plutôt hôtel que camping. Je prendrai mon oreiller et des bouchons pour les oreilles. J'espère que ça suffira pour que les nuits se passent bien. De toute manière, avec des nuits aussi courtes, j'imagine que l'endormissement deviendra de plus en plus facile avec les jours qui passent...
  4. Pas de communications avec l'extérieur. Pas de téléphone. Pas d'internet. Durant le cours, je serai coupé du monde (sauf urgence, bien entendu). A la base, j'aime bien le principe, mais il est rare que je m'astreigne à une telle discipline durant une aussi longue période. Cela m'intéresse vraiment de voir comment je vais vivre cela.
  5. Pas de lecture. Ni livres ni articles. Rien. Aucun "matériel de lecture". Alors que je lis quotidiennement. En d'autres circonstances, ça ne me poserait pas trop de problème, mais, dans ce contexte, cela rendra l'ennui encore plus difficile à vivre.
  6. Pas d'écriture. J'écris un journal intime depuis 25 ans maintenant et j'écris des résumés quotidiens de mes journées depuis 15-20 ans. C'est un moyen de vider ma tête. Je pense que c'est une habitude qui va me manquer. Le fait de ne pas non plus pouvoir noter mes idées, mes réflexions, les choses qu'il ne faut pas que j'oublie, etc. va être un défi pour moi.

Ce qui pourrait poser problème, mais me plaît assez comme idée a priori : le silence ; le fait de ne pas pouvoir communiquer avec les autres personnes du cours, ni verbalement, ni indirectement (gestes, regards, etc.). Ce sera un défi également, mais en tant qu'introverti, cela ne me semble pas trop compliqué.

Ce qui ne devrait poser a priori aucun problème : la nourriture végétarienne.

Une inquiétude que j'ai pu dissiper en lisant divers articles sur Internet : le côté religieux/sectaire de ce genre de cours. L'origine de l'enseignement est clairement bouddhiste. Je suis athée. Je ne voulais pas mettre les pieds dans une sorte de culte ou de secte. L'exercice reste très axé sur le bouddhisme, mais, selon des non-croyants que j'ai pu lire, il est adapté pour des gens de tous bords. Le cours est gratuit. Des dons volontaires sont possibles en fin de cours. Les enseignants ne sont pas rémunérés. Cela me semble plutôt sain.

Je pars donc avec quelques petites inquiétudes, mais aussi beaucoup de curiosité !