J'ai l'impression que je vais enfoncer une porte ouverte pour bien des gens, mais peut-être pas pour une majorité des Suisses - quoique je serais intéressé d'avoir l'avis nuancé de la population suisse sur la question, mais je n'ai encore jamais vu d'initiative populaire ou de sondage posant la question autrement que de manière simpliste.

Ce matin, j'entendais une journaliste de la RTS dire à la radio que la situation actuelle mettait en évidence l'utilité de l'armée suisse. Si je me faisais l'avocat du diable, je pourrais comprendre ce point de vue et même le défendre, jusqu'à un certain point.

Mais je n'ai pas envie de me faire l'avocat du diable ; j'ai juste envie de pointer du doigt l'absurdité de la situation. Un peu d'étymologie, d'abord : dans le mot "armée", on trouve le mot "arme". Une arme, c'est un "instrument qui sert à attaquer ou à se défendre". Or, dans la situation actuelle, nous avons besoin d'une organisation qui protège la population, qui l'aide dans un contexte qui n'est pas une attaque armée.

Protéger la population : n'aurions-nous pas déjà une organisation dont c'est censé être le rôle ? Réponse : oui, bien entendu, c'est la protection civile suisse. "Dans la protection civile, on distingue les engagements en cas de catastrophe ou de situation d’urgence, les travaux de remise en état et les interventions en faveur de la collectivité." Il me semble que la définition colle parfaitement à la situation du moment (pandémie).

Alors prenons l'armée actuelle, débarrassons-la de tous les jouets onéreux que sont les chars, les fusils d'assault et, finalement, tout ce qui n'a de sens qu'en cas de guerre, et renommons-la "protection civile". Ou supprimons l'armée et donnons plus, beaucoup plus de budget à la protection civile actuelle. Donnons-lui des moyens (y compris matériels) à la mesure de sa mission. Mais cessons de prétendre que l'armée suisse a encore un quelconque sens à notre époque.

J'ai travaillé dans les protections civiles valaisannes et vaudoises. Les deux sont probablement à l'image de la protection civile suisse dans sa globalité : beaucoup d'amateurisme, pas assez de formation, beaucoup du temps perdu, certains gradés qui ont oublié que la guerre froide est terminée et qui se prennent beaucoup trop au sérieux. La Suisse mérite mieux que cela.

Attention : je ne dis pas que les soldats engagés à l'heure actuelle font un travail inutile. Au contraire, je pense qu'ils font un travail trop utile pour le laisser dans les mains de l'armée, qui a par ailleurs de la peine à leur garantir des conditions convenables.

Ça ressemble à un coup de gueule, mais c'est en fait surtout l'expression d'un rêve : celui d'un monde un peu moins bête et méchant, un peu plus humain, un peu plus rationnel, moins motivé par des craintes moyenâgeuse.

Mon prochain article sera un peu moins négatif, je le promets !