Nous sommes en semi-confinement et, donc, en travail à domicile depuis le 16 marsLe passage du temps, c'est quelque chose d'étrange. Pour les heures, c'est naturel, surtout lorsqu'il fait beau, comme toutes ces dernières semaines : il est possible de savoir à peu près l'heure qu'il est rien qu'en regardant la position du soleil et la couleur du ciel. Pour ce qui est des jours de la semaine, on se rend vite compte que c'est une abstraction complète, une convention. Le fait d'être toujours chez soi, de pouvoir travailler lorsque cela nous arrange rend cela évident.

Notre sommeil, étonnamment, est devenu très réglé : nous allons au lit vers 23h. Je lis 20-30 minutes. Mon alarme est réglée sur 8h00. Je me lève souvent à cette heure-là. Parfois, mais peu souvent, notre fils nous réveille un peu avant. En temps normal, nous nous alignons toujours sur les horaires de ma femme, qui est enseignante. Nous nous levons donc parfois à 6h30, parfois à 7h, parfois à 7h30. Je préfère la régularité. C'est plus agréable.

Il y a un parallèle à faire avec ma retraite méditative de 2018 : le fait d'être dans un même lieu, de pouvoir se promener dehors mais sans jamais beaucoup s'éloigner, de se réveiller toujours à la même heure, de perdre la notion du temps (du jour de la semaine, surtout), etc.

Côté hygiène, j'ai maintenu la plupart des mes habitudes (douche quotidienne, rasage, crème de jour/nuit), tout en en diminuant certaines (déodorant ou parfum). J'ai finalement réussi à méditer régulièrement malgré une certaine augmentation de mon anxiété. Après quelques semaines, j'ai également réussi à retrouver un certain rythme avec le sport. Je note à ce sujet que le vélo elliptique que j'utilise encore actuellement a été acheté en avril 2010. Le moins qu'on puisse dire, c'est que cet achat a été utile ! Après quelques temps, j'ai aussi recommencé à écouter plus de podcasts. Mes nouveaux AirPods Pro y sont définitivement pour quelque chose. Très pratiques.

Nos achats alimentaires sont toujours un peu plus compliqués qu'avant le semi-confinement. Sur LeShop, il y a eu durant plusieurs semaines un délai de trois semaines pour pouvoir passer commande. Pas très facile de savoir ce dont on va avoir besoin dans 3-4 semaines ! Nous avons tout de même passé plusieurs commandes à une semaine d'intervalle, une fois que nous avons compris qu'il fallait attendre minuit pour avoir un nouveau créneau de livraison... Pour compléter nos courses forcément incomplètes, je suis retourné plusieurs fois dans un supermarché. C'est toujours désagréable. Et je vous jure que je ne veux pas m'acharner, mais le boucher que j'avais vu la première fois se mettre les doigts à la bouche pour séparer des feuilles plastifiées, je l'ai vu cette fois-ci tousser derrière son comptoir sans rien mettre devant sa bouche. Une vraie caricature de ce qu'il ne faut pas faire...

Globalement, je trouve que LeShop a assez mal géré la situation. Comparativement, un autre magasin en ligne que j'utilise beaucoup pour les produits végans, Fabulous, a été beaucoup plus efficace : face à l'augmentation des commandes, ils ont tout simplement empêché la création de nouveaux comptes pour favoriser les clients existants. Récompenser la fidélité : c'est une décision très appréciée de ma part.

En dehors de ces sorties pour les courses, le semi-confinement a mis en évidence à quel point je passe déjà une grande partie de mon temps chez moi ou au travail. Je suis casanier, pour dire les choses autrement. Malgré tout, certaines choses me manquent beaucoup : les week-ends en Valais, les dernières sorties à ski de la saison, les rencontres avec nos parents (donc les grands-parents de notre fils), les sorties au restaurant, avec les amis/collègues, etc. Je réalise toutefois que je devrais sortir plus. Être plus en contact avec la nature.

J'ai tenté plusieurs fois d'écrire un article sur le fait d'être père. C'est difficile. Plusieurs brouillons sont partis à la poubelle. Alors je vais le dire ici, en résumé et sans détour : j'aime mon fils plus que tout au monde, mais le fait de devoir le garder seul (sans ma femme) 2-3 jours par semaine, en plus de la garde commune le week-end, c'est trop. Ce serait le sujet d'un article entier : mon hypothèse est que les gens sont plus ou moins faits pour être sereins avec le fait d'être parents. Et je suis plutôt du côté des gens qui, au-delà d'une limite relativement basse (je suis toujours convaincu que c'était une excellente idée de travailler un jour de moins pour m'occuper de mon fils), trouvent cela ennuyeux et frustrant. C'est un sentiment ambigu : un enfant, c'est à la fois une chose fantastique et qui vous donne envie de tordre des cous, régulièrement. Il ne peut être réduit ni à l'un ni à l'autre.

J'ai d'ailleurs été rassuré par le fait que le phénomène est aussi présent chez ma femme, prouvant du coup que je ne suis pas un monstre complet : les jours où elle travaille à domicile et où je m'occupe de notre fils, j'ai remarqué une bonne humeur plus grande chez elle. Elle m'a expliqué que c'est parce qu'elle aime ce qu'elle fait, mais aussi parce qu'il y a une certaine pénibilité dans le fait de garder notre fils le lundi et le mardi lorsque je travaille, après l'avoir gardé ensemble le week-end, par exemple.

Le déconfinement progressif, qui est en cours depuis le 27 avril en Suisse, pose d'ailleurs le problème de la garde de notre fils. Ma femme, enseignante, va devoir retourner à l'école. Notre crèche rouvre le 4 mai, mais avec une capacité limitée et notre fils ne pourra pas être accueilli. Nous ne savons pas combien de temps la situation va durer. La garde par nos parents est pour l'instant hors de question, sans plus d'assurance (des études sérieuses ?) que cela peut être fait sans danger. Bref, c'est une source de stress et nous ne savons pas combien de semaines ou de mois nous allons devoir attendre avant de retrouver une situation plus ou moins normale de ce point de vue.

Notre femme de ménage vient chez nous chaque deux semaines (via Batmaid). En mars, nous avions un peu machinalement annulé ses ménages. Après réflexion, nous avons fait à nouveau appel à ses services. Cela a un intérêt pour elle (salaire), mais également pour nous (le ménage est fait dans notre appartement à un moment où nous y passons quasiment tout notre temps).

D'un point de vue météorologique, nous avons eu de la chance : durant plusieurs semaines, il a fait beau et relativement chaud. Nous avons donc pu profiter de notre balcon pour les repas. C'est très appréciable. Mais l'anxiété chez les gens comme moi revient facilement : qui dit beau temps continu durant des semaines dit sécheresse... Celle-ci a désormais laissé la place à la pluie, heureusement (et malheureusement pour les apéros sur le balcon).

Ah, cette fameuse anxiété... Cela fait des années que j'essaie de la dompter. J'en profite d'ailleurs pour mentionner le site Examine, qui résume les résultats de la recherche concernant les compléments alimentaires, la phytothérapie, la nutrition, etc. Elle met en avant les études de qualité (double aveugle, études sur les humains par opposition aux études in vitro ou sur les animaux, etc.). Spoiler alert : la plupart des compléments n'ont que peu d'effets sur la santé (lorsqu'ils en ont), mais il y en a tout de même quelques-uns qui valent la peine d'être essayés. Je développerai peut-être plus dans un autre article.

Comme je le disais il y a quelques semaines, il y a l'anxiété par rapport au coronavirus, à la santé de nos proches, à l'économie en général, à la difficulté de concilier travail à domicile et garde d'un enfant en bas âge, mais il y a aussi cette désagréable impression que certains en profitent. Soyons clair : cela ne concerne personne dans mon entourage immédiat et personne avec qui j'en aie parlé ; mais je suspecte que certaines personnes profitent par exemple du travail à domicile pour travailler moins, sans raison valable (garde d'enfants ou proches malades, etc.). Il y a aussi les entrepreneurs ayant fait des demandes d'aide financière sans que cela ne se justifie. Bref, j'ai dû prendre du recul par rapport à tout cela aussi.

À propos de travail à distance : j'ai écouté l'épisode du podcast de Sam Harris avec Matt Mullenweg (l'un des auteurs de Wordpress). Très intéressant. Cela me rend peut-être un peu plus optimiste par rapport au futur du travail, mais les obstacles culturels et psychologiques sont encore nombreux. Je discutais encore il y a quelques jours avec l'une de mes collègues qui a une expérience très négative par rapport au semi-confinement et au travail à domicile. Selon elle, elle n'est de loin pas la seule à avoir ce ressenti. De manière humoristique, elle me racontait qu'une fois le travail à domicile obligatoire terminé, il ne fallait plus jamais lui parler de Zoom... Je suis certain que de nombreuses personnes ont aussi cette perspective par rapport à l'enseignement à distance. En définitive, entre les personnes ayant une expérience positive et celles ayant eu une expérience négative, je ne sais pas quelle sera la tendance générale. Affaire à suivre...

Que dire encore sur le sujet ? On pourrait parler de l'interprétation antispéciste de la situation (les pangolins, les chauves-souris, etc.). Dans un des derniers épisodes de son podcast, Sam Harris parle brièvement des marchés d'animaux vivants en Chine et n'hésite pas à utiliser le terme "bioterrorisme". Je laisserai le dernier mot sur le sujet à Insolente Veggie : 100 % de mes arguments pro-vegan après le covid-19.

Des journalistes de la RTS demandaient récemment aux auditeurs ce qu'ils retiendront de la crise. L'une des premières choses qui m'est venue à l'esprit est la pollution sonore. Habitant à côté d'une route, le bruit routier est quelque chose qui m'insupporte (et tout particulièrement le bruit provoqué par les motos et autres véhicules inutilement bruyants). On en parle de plus en plus dans les médias. C'est un problème de santé publique. La route n'est pas le seul problème : le trafic ferroviaire et aérien, les appartements mal insonorisés, les chantiers, etc. ; les sources sonores problématiques sont nombreuses. Or, la crise actuelle a permis aux gens de goûter à un peu moins de bruit, tout du moins à l'extérieur, menant même certaines personnes à se demander si les oiseaux chantaient plus fort durant cette période... Je fais le pari que dans quelques dizaines d'années au maximum, la société considérera le bruit comme elle considère aujourd'hui la fumée passive.

Malgré le déconfinement progressif, les prochains mois resteront particuliers : le travail à domicile continue pour moi jusqu'à nouvel avis, les festivals de cet été sont annulés, nos vacances sont chamboulées, etc. Il va falloir être patient.