J'écris un journal intime, sous une forme ou sous une autre, depuis 27 ans maintenant. Il y a deux ans, je me suis mis à relire, chaque jour, ce que j'y ai écrit il y a dix et vingt ans. C'est un exercice qui fait maintenant partie de mon rituel quotidien. Ce que je lis est parfois drôle (certains rêves absurdes que je décris en détails, par exemple). Souvent, c'est la routine du quotidien qui ressort. Enfin, d'autres fois, je me surprends à réaliser que j'ai totalement oublié certains épisodes entiers de mon existence.

J'ai toujours eu un certain intérêt pour le passé. Pour mon passé, en fait. J'ai des phases de forte nostalgie. Pas trop souvent, mais cela m'arrive encore de temps en temps et je tends à penser que cet attrait pour des choses qui se sont passées il y a longtemps n'est pas toujours sain. Je me dis par exemple que le temps que je passe à penser à moi-même, je ne le consacre pas aux autres. Ni à des activités plus créatives/constructives.

Il y a cependant une facette plus positive de cette pratique et je l'ai réalisé en lisant l'article "Retroactive Mindfulness" de Daniel Miessler, qui se demande : est-il possible d'être en état de pleine conscience (mindfulness, en anglais) par rapport au passé ?

Quand on parle de méditation, on pense souvent au moment présent, à la qualité de l'attention que l'on porte à ce qui se passe en nous et autour de nous. De même, dans le stoïcisme, il y a aussi cet accent sur la qualité de l'instant présent. Il s'agit d'apprendre à réagir le mieux possible face aux aléas de notre existence.

S'il y a dans le stoïcisme un regard naturel tourné vers le passé (apprendre de ses erreurs) ou vers des futurs potentiels (visualisation négative, etc.), cette attitude n'est pas aussi explicite dans la méditation. Je rejoins toutefois Daniel Miessler sur l'idée qu'il est possible de porter son attention sur le passé même dans un contexte méditatif :

"I wonder if we can replay our past as memories, and attempt to be mindful of both the stimuli and the sensations they caused. As observers. Not judges. Not victims. Not victors. Not someone enjoying fond or bitter memories. But as someone being present for the moment this time—as we weren’t the first time."

Et je réalise du coup que c'est un peu ce que je faisais ces deux dernières années, sans vraiment le réaliser, en relisant mon journal : contempler ce que j'ai déjà vécu, avec de la distance, mais aussi avec curiosité, une curiosité que je n'avais peut-être pas eue à l'époque. Dans un contexte psychothérapeutique, on parlerait peut-être d'une phase d'intégration des expériences (voire des traumas, dans certains cas).

Comme le propose Alain de Botton dans sa vidéo "How to Travel in your Mind", il est également possible de revivre des expériences passées (voyages, etc.) par la pensée rien que pour le plaisir. C'est un exercice relativement subtil, différent d'un simple accès de nostalgie, et que nous n'avons pas l'habitude de faire.

Ces approches sont à pratiquer avec modération, bien entendu, mais il me semble qu'il y a là quelque chose à creuser. La vie est courte. Pourquoi se contenter uniquement de ce qui se passe dans le présent ?